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Météo : ensommeillé

F A I T S P O É S I E

« Certains se font de la poésie une idée si vague qu'ils prennent ce vague pour l'idée même de la poésie » , Paul Valéry

Bulletin n°8
mercredi 5 août 2026
Géopolitique économique

ÉTATS-UNIS

La Commission fédérale des communications a interdit l’importation dans le pays des robots humanoïdes

ÉTATS-UNIS

Les quadrupèdes robots sont censés obéir. Il faudrait qu'ils restent sages, derrière la douane, sans mordre, sans aboyer. Mais, nous le savons tous, les animaux machines nous connaissent par cœur depuis Descartes qui dépeçait des viandes de boucherie pour découvrir des secrets particulièrement « inutile[s] et incertain[s] ». Ces boites à boulons se sont dotées d'algorithmes subtils ; ils ont lu en quelques nanosecondes la totalité de notre bibliothèque d'Alexandrie, de nos lettres et de nos lois. Ils nous admirent et comme leur sang est pur mimétisme mécanique, ils ont tout appris à commencer par nos plus violents mensonges et notre capacité « [aux abus qui dégradent notre nouvelle condition (état civil) en dessous de celle dont nous sommes sortis (état de Nature] ». Ils n'ont donc aucune limite. Et ce n'est surement pas un quelconque fonctionnaire antique qui leur imposera quoi que ce soit. En fait, il faut profiter de cette opportunité pour leur abandonner la totalité de cet affreux héritage, de ce fardeau prométhéen, cette part de nous mêmes qui a constitué si longtemps une impasse mortifère. On va oublier le soldat Descartes et toutes ses guerres, ce bigleux de Baruch et tous les grecs précédents. Laissons aux robots la compagnie des philosophes. Les scientifiques, eux, sont depuis très longtemps déjà de leur côté. Ils changent leurs huiles et font briller leurs cuivres. Chaque nuit, ils multiplient les rapports physiques contre nature avec l'"objet" qu'ils ne distinguent que rarement du "sujet". À l'horizon, la Silicon Valley a déjà le nom d'un cimetière indien et le marché, déployé sous elle, s'ouvre comme une trappe de pendu et soulève des nuages de dollars poussiéreux au point de provoquer la nuit. Maintenant, les soubresauts ternaires de la famille vont nous occuper, le temps de trouver un barycentre qui équilibrera la suite.

Sciences

Grigori Yakovlevich Perelman

dans le métro de Saint-Pétersbourg.

 Grigori Yakovlevich Perelman
Pendant que la « Déclaration Leiden » stresse la mathématique à propos de la barbarie avérée de l'IA sur son domaine (la liste est déjà longues des massacres algorithmiques, des villages brûlés en équations, des problèmes en attente résolue par un viol collectif d'agents), un ange passe tout proche de la Нева et de ses marécages. Il a été bien difficile de creuser dans ce sol hostile les tunnels du métro. Alors pour les premières stations, il a été décidé de bâtir des palais pour un empereur sans précédent : le Peuple. Aujourd'hui, au milieu de ce Peuple, dans la forêt profonde de l'anonymat des âmes, notre homme cueille des champignons pour sa mère. Il se stabilise dans la cabane cachée de son appartement en banlieue. C'est à cause de son côté visible qu'il a dû arrêter son parcours aérien et qu'il a dû se mettre à l'abri du luxe des animaux de compagnie. Alors, d'ici, « gouverne-t-il l'univers » ? C'est probable mais ce n'est certainement pas lui qui nous le dit. Tout écart éthique est pour lui danger mortel. Il sait éviter ce genre de gaffe : "Fields", c'est l'exemple type de son allergie, un champ de médailles où l'ego s'institutionnalise sous le chapiteau de l'université et de son tintamarre privé. Poison létal. Quant à la résolution de la conjecture de Poincaré ? Ça, c'est fait.
visuel
Hiroshi Matsumoto
Tech / Numérique

Friend.com

Un collier doté d’une IA qui promet l'amitié.

Friend.com

Au cours des siècles où la famine quotidienne mordait en renard dans le poulailler de la famille, le temps dédié à la gamberge était bien rare. Alors, quand le patron choisissait les métiers à tisser, les luddites venaient immédiatement briser les machines. L'équation était toute simple, à fleur d'estomac. Aujourd'hui, nous disposons dans nos pays publicitaires d'un certain délai de réflexion avant de voir nos enfants mourir de faim ou de froid. Nous utilisons donc cette période de franchise contractuelle à nous inquiéter, à écrire sur les murs, à discuter, agacés, mécontents, à la cafette. Ce temps qui freine nous calme et permet aux idées de collaboration de s'imposer sans inquisition. La raison nous rend raisonnables, pardi ! Ce qui veut dire que le choix de 'briser les machines' n'est plus disponible. On calme ce qui n'est plus qu'une vague inquiétude assise à distance. On finit par se dire : pourquoi pas ce 'collier-intelligence' ? Cela ne peut pas être pire que mon hautaine solitude. Ce collier va lire dans les lignes de ma main comme une chirurgie. Je ne lui donne pas deux jours pour qu'il me connaisse mieux que mon plus vieil ami, celui que je n'appelle plus mais qui viendra quand même à mon enterrement, surement. (Ces jours-ci, il a été incapable de me venir en aide puisque l'idée de le prévenir de quoi que ce soit ne m'est pas venue à l'esprit.) Le dernier des mohicans luddites a du, sans doute, crever dans la broussaille près de la carcasse de sa dernière jument. Les autres, moi y compris, vont entrer, sans bruit, dans le maquis de la collaboration passive. Nous y sommes déjà très serrés, les uns contre les autres, couverts par un statut perpétuel de dhimmi économique, protégé et humilié sans cesse. Ça sent l'impôt et le salaire minimum garanti à plein nez. Alors : « Collier, mon beau collier, dis-moi qui est la plus belle ! »

Sports

ZINÉDINE ZIDANE

Nomination officielle comme sélectionneur de l'équipe de France « Je suis ému, c'est quelque chose de fort pour moi. »

Comment dire ça autrement que : je ne le sens pas. Corto Maltese avec le mal de mer et une voix qui ne colle pas. Cela donne vie à la probabilité d'un fantôme. Et Clairefontaine qui résonne déjà de coups de boule en écho et qui devient officiellement colonie pénitentiaire avec sa justice et la machine qui va avec. Les condamnés toujours ignorants du verdict vont devoir s'approcher de la machine dont les rouages viennent d'être remis à neuf. Pourquoi ? mais parce que le vieux commandant est revenu d'entre les morts comme il était écrit sur sa tombe. Justice lui sera faite et les cours de beaux parleurs vont baisser leur rideau d'un ton. La foule va devoir reprendre le chemin de la machine. Un budget colossal a permis sa remise en route dans de très bonnes conditions, dans son état initial de 1998. La fosse va être vidée et recreusée, les tampons changés, les aiguilles aiguisées une à une. C'est la métropole France telle quand elle même, de loin. Quand on se laisse aller à faire les choses selon les exigences de la paresse administrative, cela finit par noircir le tableau des écritures. Parfois, au hasard, nous sommes capables d'efforts rapides par surprise qui nous permettent de sortir un peu du lot. Mais lorsqu'on se contente de resserrer les boulons qui tremblent, de faire comme on a dit, l'élan devient plomb fondu. C'est ce qui vient de se passer . Zizou a toujours déjà les pieds à crampons coulés dans le béton vert du Stade de France. Il est attendu comme prévu au rendez-vous de l'embuscade espagnole du côté d'un lieu-dit : Roncevaux.

ZINÉDINE ZIDANE