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F A I T S P O É S I E

« Certains se font de la poésie une idée si vague qu'ils prennent ce vague pour l'idée même de la poésie » , Paul Valéry

Bulletin n°7
mardi 28 juillet 2026
Écriture

PHÈDRE

Chez nous l'attelage est pénible et difficile à guider.

PHÈDRE
« Honoré connaissait toutes les ficelles du métier de maquignon, mais l'exemple de son père n'avait jamais pu le décider à maquiller une bête ou à dissimuler les imperfections d'un cheval. » ("La jument verte", Marcel Aymé)

Il est tentant et particulièrement incertain de placer le savoir dans le confort cotonneux d'une réminiscence. Poussière douteuse sous le tapis impeccable de la Plaine de Vérité. Fin de l'histoire. Ainsi, deux chevaux (pas trois) se partageront la responsabilité de tout le retard accumulé, par leur distraction permanente sur le chemin idéal qu'ils arpentent malgré eux. Heureusement, l'encolure épaisse du mauvais canasson jument noire promet tout autre chose. Quelque chose de plus solide, de plus satisfaisant sur le long terme parce qu'un murmure à son oreille cassée permet de se (re)concilier avec sa propre eschatologie. Sachez (donc : souvenez-vous) que les gestes en ont marre de la gouvernance du cocher qui s'obstine vers le Tout en Soi (les 'en soi' déçoivent l'humanité, non ?). Ces aspirations "aspirent" à tord et à travers tout notre oxygène et finissent par incendier le présent sur des hectares entiers. Leur discipline impose le fouet à ces deux élégants bâtards, au trot comme au galop, au prétexte d'un soit disant "mauvais appareillage" qui empêcherait de dompter les détours verbeux de l'anamnèse. Pourquoi le brouillard du corps serait-il dissipé par une âme si cruelle, si imbue d'elle-même ? Cette hypothèse survit - péniblement - grâce à l'inusable postulat d'une vie antérieure et du siamois corps et âme. Cher Platon, mon ami, mon maître : Please, go f... yourself !

Justice

GÉNÉALOGIE GÉNÉTIQUE

Le Conseil constitutionnel a censuré le recours judiciaire à la généalogie génétique.

Il existe un gouffre insondable entre ceux qui sont certains de jamais rien avoir à se reprocher et ceux qui n'en sont pas si sûrs. Il faut voir la différence dans l'éclat de leur regard surpris sous celui des caméras-vidéo de surveillance dont le tamis a été drastiquement affiné dans les villes, les parkings, les couloirs d'entreprises, les entrées d'immeubles. Grâce à toutes ces ailes d'anges déployées, je sens ma carte Vitale frémir à chaque promiscuité d'une borne policière. En complément, ma conseillère financière, dédiée, attachée gratuitement à mon existence terrestre par la banque, est devenue plus pertinente que mon psychanalyste pour dénicher mes sauts d'humeur, mes angoisses, la tension de mon cœur citoyen, les moments de faiblesse pendant lesquels je peux tout acheter. Je suis devenu un livre ouvert dont l'intrigue est dénuée de tout suspens. « Tout ça est très bien mais » cela ne me dit pas si j'ai ou pas quelque chose à me reprocher. La cité propose de traquer chacune de mes infractions en utilisant sans retenue les outils que la science et les techniques performent à l'aveugle, croyant bien faire. Tout est à disposition, à discrétion, pour des budgets à la portée de tout conseil municipal. Si tu as quelque chose à te reprocher, il est juste (qui oserait soutenir le contraire) de passer, par exemple, l'épreuve réparatrice du taser, disponible à la ceinture toute neuve du préposé sous mandat à la surveillance de ton local. Par contre, si tu n'as vraiment rien à te reprocher, tu peux passer tranquille, au travers d'une forêt de QR codes « qui [t]'observent avec des regards familiers ». Tu es totalement libéré de ta vie privée ce qui a pour avantage premier de t'affranchir de la dépendance animale au besoin de liberté d'expression. Cet organe désuet tombe de lui même, en peau morte, en ongle incarné. Bon vent ! On est bien d'accord : tu n'as jamais eu quelque chose à dire ? Effectivement et c'est la preuve que je n'ai jamais eu quelque chose à me reprocher. Mon ADN se voile de honte et plonge dans le flot anonyme des données générales.

Santé

Se protéger des piqûres d'une tique

Lors d’une balade en forêt ou d’une séance de jardinage, attention !

Pour ne rien laisser de la tête, ni de son rostre, il faut disposer d'un levier. Or, bien sûr cet outil fondamental démultiplie nos pouvoirs mais il amplifie également la portée de nos erreurs ! Autre faiblesse : sa dépendance à un point fixe, un pivot solide que rien ne doit ébranler. Le tire-tique mimique toutes les règles maçonnes utilisées pour disposer une pièce sculptée dans son emplacement cathédrale définitif. La même intensité d'emploi est en jeu, la même fragilité car la borréliose de Lyme est un diable ressemblant à ceux qui bataillent et se multiplient tout autour des chapiteaux, des gorgerins de nos abbayes, dissimulés au milieu des feuilles d'acanthe. Le danger est sérieux.

Sports

Le Tour de France rattrapé par les feux de forêts

Comment relier Thoiry dans les Yvelines et les Champs-Elysées à Paris ?

Les animaux prenaient fièrement le départ. La caravane ressemblait à une arche prête pour un nouveau déluge : perruches de Patagonie, vaneau-soldats, couple d'urubu. En prime d'étape, le maillot jaune déjà sur le casque du casoar. Sur un vélo sans pédales, un boa de madagascar s'est approché de la ligne. Avant même le départ, il a été contraint à faire des pieds et des mains pour pénétrer la jungle des pique-niqueurs, déplieurs de tables et de plastiques, dévoreurs de grenouilles-tomate et de basilics-vert. La cérémonie saussissonne bien avant l'annonce maïeutique du directeur de course, perché sur son incompréhensible mégaphone, tout transpirant face au troupeau de gazelles de Perse. Ce zèle entraîne l'ensemble dans une parade interrompue, à la première minute, par les feux de brousse que le temps multiplie. Le bois de l'arche est alors contraint de se découper en tristes bus, bus dans lesquels chacun grimpe à regret, en mode téléportation vers les Champs-Elysées. Quant aux guépards, lynx, loutres, ils sont laissés là derrière dans l'anonymat des visiteurs habituels. Le bruit énorme du Tour s'amenuise de lui-même et un certain calme revient purifier le cadre comme après chaque marché de centre ville. Inéluctablement, tragiquement, les animaux disparaissent dans leur trou, de plus en plus profondément. Sans rien dire de plus que : « nous étions censés participer à la course. C'était une course sans trophée, sans télévision. Devions-nous, sans combattre, perdre notre place naturelle sur le podium des bois et forêts, des rivières et océans, le podium de l'air, des ruches et du lac. » Que s'est-il passé au juste ? Que signifie ce bariolage de champions, empalés sur des selles de haute technologie ? Et tous ces phares de motos, cette réclame qui tournent en France, en rond ? Le bas côté regorgent de bêtes, charognes saucées de bière et recouvertes à la une par les papiers de l'Équipe. L'agitation continue et prépare sans patience la boucle de l'année prochaine.

Le Tour de France
rattrapé par les feux de forêts
Culture / Médias

Yonne : Un dispositif de sécurité prévu pour la représentation de la DJ Barbara Butch

Yonne :
Un dispositif de sécurité prévu pour la représentation de 
la DJ Barbara Butch
Voilà, on y est : c'est l'ouverture de la chasse. T'as le permis ? Prends ta carte. Soutiens l'axe. Sois cool. Quelle chance inespérée de disposer d'une cible qui ne crée aucun problème. Une cible facile : plus tu frappes et plus tu croies au courage à distance et à la vengeance qui fait du bien à tous, mimétiquement, par foules interposées. Tu peux rire de bon cœur tout en donnant des coups de savates à ce truc là, blotti, émissaire sans âme, à terre. C'était donc cela, le courage ? Plutôt facile en vérité. D'abord commencer par les crachats, en regardant de biais pour voir comment les autres êtres de courage valident ou pas cette première base. S'ils vous prennent dans leurs bras en hurlant, crachez encore, en hurlant. Puis les coups de pied en double. Vous êtes à présent soldat de cette armée chérie. Vous êtes enfin, un peu plus que vous-même : L'Insoumis ! Ainsi noble, résistant, serein, je regagne mon Vercors par le RER B, une carte Navigo Trendy dans ma besace. J'allais enfin pouvoir faire quelque chose de moi et transformer mon dégoût du monde en médailles. L'inertie d'une haine éternelle me guide, moi le militant, donc le puceau, vers le boycott et son pilori. Ses wagons de dénonciations appropriées démarrent. La rumeur jouit dans nos rues, meurt en réseaux et parfume mon petit chez moi. La tête me tourne. Il faut que je me repose un peu. Demain, on rasera gratis. Je me lèverai tôt. Pour la chasse qui revient.