« Certains se font de la poésie une idée si vague qu'ils prennent ce vague pour l'idée même de la poésie » , Paul Valéry

Si l'on en croit Euripide, jadis, à cet endroit, c'était : Tauride. Les invasions étaient alors impossible car une prêtresse - Iphigénie - était dans la place. Sous le règne du roi Thoas, son rôle de physionomiste l'encourageait à donner la mort à tout étranger fraichement débarqué. Club strictement privé. Oreste est l'exemple même de ce type d'écervelé qui se présente sans cravate. Il avait suivi (comme tout le monde) l'instinct confus de l'oracle de Delphes et venait ici laver ses crimes en en commettant un nouveau. Bonne idée. Mais sa magie se retrouva capter par les mains impitoyables de la gardienne Iphigénie, sa sœur (oui, c'était bien sa sœur, mais, pitié, ne discutons pas de ce point de l'histoire). Celle-ci s'apprêtait donc à sacrifier l'intru et faire ainsi bonne mesure quand le fantôme de la biche qu'Artemis avait jadis substituée à la jeune Iphigénie pour la sauver de son propre sacrifice traversa les eaux et surgit. Cette apparition ajoutée au renouement des liens secrets du sang avec Oreste (et ses mauvaises intentions), et voilà que s'organise à la hâte la fuite vers Athènes. Et depuis, ce lieu est resté sans protection, à la merci de tous les empires vengeurs. Cette terre, si bien placée, riche, infinie attire les soldats les plus noirs. Son alter ego, la mer - noire - assiégée, impose cet ordre de fermeture sur elle-même. Aujourd'hui, ce sont les drones qui font le siège moderne de Sébastopol. Ils ont repris la piste et automatisent à distance la même chanson. Les bonnes vieilles formules rabâchées par le calcul du matérialisme historique ont des difficultés à désemmêler ce type de conjecture. Leurs conclusions s'évaporent obstinément dans les reformulations de l'IA qui n'encouragent jamais l'espoir mais toujours le fatal. Alors pas de cartes postales et pas de timbres. Pas de crème solaire. L'apaisement touristique sur les plaies ouvertes en tranchées n'est pas envisageable pour le moment. Voilà le constat : la plage est déserte. La douceur du temps, comme la sève qui coule de l’arbre, s'est décomposée point par point. En larmes : la Crimée.
Si je savais répondre à la question posée par le larsen : qu'appelle t-on penser ?, je disposerais, à portée de mes mains tremblantes, recroquevillées sur elles-mêmes, des outils indispensables à tout dénouement. Au lieu de cela, je suis réduit à me pencher par la fenêtre et à compter une à une les vagues de bus qui transitent vers le Zimbabwe et le Malawi quotidiennement.
La population se déplace de force. Éparpillages, pillages et dénonciations, sous l'accord d'autres populations, qui s'imaginent un peu plus locales et qui s'enivrent de certitudes sur la meilleure façon de marcher. Ces mêmes populations, il y a peu, avaient mis leur plus beau costume, avaient énuméré l'orgueil de leurs plus belles valeurs morales et marché sur les eaux claires d'une légitimité auto-proclamée. Sans trembler de honte, sans vomir sur eux-mêmes, les yeux torves, ils dénoncèrent à la Cour Internationale de Justice un certain génocide (incertain).
À cette occasion d'opérette, notre trésor humain symbolique a été bien mal traité. Les états en use comme s'il s'agissait d'une monnaie prostituée dont les contrefaçons seraient encouragées officiellement. C'est cela se payer de mots, de plaintes, de procès. Il en reste toujours quelque chose et, comme le vrai n'est qu'un moment égaré du faux, il serait stupide de s'en priver. Alors, montons l'escalier, quelques dollars en poche et dénonçons ! Prenons la pause et dénonçons !
Cette fausse monnaie morale éjaculatrice a l'odeur d'un déodorant de moyenne gamme qu'un cantonnier aurait aspergé sans mesure sur une charogne. Partout, les fossés en sont pleins :« sur un lit semé de cailloux ».
Derrière les rochers, on imagine aisément, sans avoir à démasquer qui que ce soit,« la chienne inquiète » qui guette et qui veut reprendre« le morceau qu'elle avait lâché » ? La vermine donne chair à ce qui a été banalisé avec succès : le racisme, mangé de baisers.
Ainsi, contre tout effort à garder« la forme et l'essence divine de [nos] amours décomposés », nos regards se consolent à dénombrer les bus et à regarder pousser le Mal en ses fleurs.
La barrière naturelle des Pyrénées, ça compte. D'ici, on n'envisage pas le piège organisé, froid et passionné qui attend l'imprudence du héros et où rebondit toujours et encore l'écho d'appel de Roncevaux et du Franc Ganelon resté au vestiaire à trier les maillots.
Shemseddine, au prénom d'un livret d'opéra baroque, est un personnage tragique, jouet des dieux. Il a 15 ans. Face à lui, appartenant au quartier barbare rival, deux êtres anonymes l'enlèvent à la sortie d'une académie. Ils le battent à mort, appliquant un déterminisme tatoo. Ils auraient pu, s'ils avaient été un tant soit peu soumis à l'ivresse des traditions, traîner son corps autour des remparts de Viry-Chatillon. Mais, cette vallée manque de chevaux comme de sable et ses remparts sont réduits à des maisons de la culture en carton bouilli.
La vengeance, dans sa plus médiocre occurrence, leur a dicté la partition à suivre sur cette scène. Juste avant cela, au cours de l'acte précédent, le public apprenait que les deux mercenaires avaient surpris Shemseddine discutant avec la sœur de leur prince étranger, galanterie sans appel.
Maintenant, parlons du complément : le vide, l'espace du taquin qui permet le jeu, donc la triche.
Impossible de distinguer le joueur du tricheur. Depuis les plus sous-bassantes origines, ils portent les mêmes couleurs et dépendent l'un de l'autre. Toute règle ne se maintient, si l'on suit Schrödinger, qu'à la condition d'être au même instant respectée et trahie. Le football n'existe que parce qu'il est tout à fait envisageable de marquer un but de la main, briser un tibia, acheter un résultat. Et tout cela n'est possible qu'en passant par le vide, l'espace qui est laissé libre pour la respiration vitale. Par cette canalisation, on sécurise les crimes, on s'échappe de toute prison. Le vide n'est pas plus juridique qu'il est sidéral. Le vide est l'espace de jeu, l'espace tout court. Matière noire, énergie noire, soit plus de 95% du monde connu qui reste inconnu. Tout passe par là. Les assassins comme les diplomates, les hordes régulières de démons dans leurs galeries, creusées sous les écoles, interdites aux non-soldats.
Dans l'hôpital où ce collégien est mort, le vide a fait place au vide. Les portes battantes claquent sous les coups des brancards affolés, désespérés de charrier ce type de victimes, dans le lit d'une rivière malade sans berge.
Ailleurs, le Conseil Constitutionnel de l'anesthésie s'allonge au bloc.

Il fallait se transformer en QR-code pour accéder aux Champs-Elysées, ce mardi. Un billet de théâtre pour visiter les acteurs modernes de l'Apocalypse, tout enrubannés de maquillages, d'armes et de musique dégénérée. La fête de la déesse Guerre bande fort. L'excitation d'élite noie les fracs de tâches douteuses que les employées du pressing auront bien du mal à ravoir. Il va falloir frotter longtemps. Apparemment, il n'y a plus que ce genre bien particulier de spectacles obscènes qui leur permet d'évacuer leur trop plein. Des canons turgescents, les bottes, la marche forcée, tout cela fait transpirer la diplomatie à grosses gouttes de sang. Que le genre humain puisse émettre ces ondes-là, descendre aux enfers pour faire ses courses, étouffer dans les drapeaux, c'est la base, la sauce de nos destins que ces cuisines mijotent.