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Météo : cafardeuse

F A I T S P O É S I E

« Certains se font de la poésie une idée si vague qu'ils prennent ce vague pour l'idée même de la poésie » , Paul Valéry

Bulletin n°10
lundi 17 août 2026
Sciences

SIDY NDAO

La nanotechnologie pour les températures extrêmes.

SIDY NDAO

L'information qui commençait à traîner en chemin via les signaux électriques avait grand besoin de refroidir ses uns et ses zéros. Une intense chaleur fait le siège autour de chaque composant du calcul, une écharpe en ébullition constante. L'idée de Sidy est de se mettre cet assaillant dans la poche, de l'inviter à prendre sa place dans la chaîne de production. Au boulot, comme tout le monde ! Là où la chaleur passe, il faut la charger d'informations comme une mule. Aéroport après aéroport, son estomac devient une boite noire à remplir le plus pleinement possible. Tout se voit au travers de rayons X modernes mais les douanes thermiques laissent filer la contrebande. Plus ça calcule, plus ça chauffe et plus ça chauffe, plus ça recalcule. Le larsen productif parfait par recyclage immédiat du recyclage lui-même, le méta du méta, l'auto de l'auto. La chaleur, maîtresse, dominatrice, peut venir fouetter le chiffre qui gambade déjà en monarque absolu dans la grand plaine immense, pantalons sur les chevilles. Le monde semble avoir déjà accepté d'être réduit à un statut soumis d'équation bientôt résolue. Maintenant ses résistances, je veux dire, les quelques secrets qu'il détient encore, les quelques surprises qu'il nous réserve, tremblent derrière le rideau. Ce qui approche est bouillant et ce 'bouillant' transporte son combustible chiffré à échelle nano. Derrière le rideau, ça respire encore par consommation de hasard (consommation suspecte et passible de tomber sur le coup de toutes les lois qui s'accumulent dans la constitution) mais plus personne n'y croît. Jusqu'à présent, la température faisait office de mur du son. Un mur autour duquel les fourmis technologiques se précipitent activement mais s'épuisent encore. Si ce mur s'effondre, tout espoir de trouver encore un peu d'ombre, un peu de frais repos va disparaitre de la fameuse équation. Il faudrait appeler cela : réchauffement climatique. Bien obligé de trouver autre chose d'encore plus prophétisant, à voir de loin au travers de lunettes à éclipses. Le rideau est toujours visible mais n'est plus du tout rouge, il vient de perdre son velours à la cognée du brigadier. Les troupeaux humains vont se disperser aveuglément. Les chiens qui les guidaient avec bienveillance, connaissant chacun de leur prénom, reconnaissant instantanément chaque démarche particulière, chacune de leur hésitation, tous ces chiens jaunes vont perdre leur raison de chien et iront se jeter, en bande sauvage, dans le brasier commun. Une haute température telle que sur Vénus (465°C) pourra chiffrer leurs aboiements, leurs médailles et, pour finir, l'éclat de leur dernier regard sur leur maître, ce regard qui contient l'essence même de l'incompréhension fondamentale de ce qui se passe. Le seul repère à surveiller est là : dans la confiance absolue que nous devons garder en nos chiens.

Musique

Catherine Ringer

La date et le lieu de ses obsèques dévoilés, elle reposera dans le même cimetière que Dalida

Catherine Ringer
Les trous noirs accumulés dans le cimetière de Montmartre continuent de brûler l'énergie toute blanche des étoiles du peuple. Les paillettes, les costumes, la robe ondulée qui venait d'avoir dix-huit ans, le petit train dans la campagne, tout y passe. Certains suivent ce genre de traces en touristes. Il n'y a pas de mal à ça. Et puis il s'agit de femmes qui dansaient. Elles dansaient et chantaient avec les yeux plongés dans ce vide appelé 'public', cet Autre informe, demandeur avide, hurlant, distrait qui parle seulement en frappant ses mains les unes contre les autres. Au bord de la scène, les échanges de fluides s'équilibrent à peu près entre ces statues humaines et cette marée peu douée pour l'admiration véritable. Tout cela, dans le meilleur des cas. D'habitude, on est plutôt dans l'ennui réciproque, tarifé comme une passe. Il ne faut pas être ingrat avec ces deux visiteuses qui dorment dans la terre pentue de la butte. Elles sont venues s'attabler avec la famille, à des moments que nous n'avions pas choisis, en tant que parentes éloignées qui s'imposent à la noce. Elles avaient à nous dire quelque chose dont l'essentiel nous a échappé, d'où leur frustration personnelle, l'élargissement de leurs failles, leurs glissades. Jusqu'à la dernière.
Enquête

Thoiry 2026 WAZUNGU

La vie d'un dos argenté, attraction phare du Zoo Safari des Yvelines

Thoiry 2026
WAZUNGU

Eye contact : quelques minutes auparavant, Wazungu, mâle dominant, se jette sur les vitres d’observation, de toute la force de ses poings brandis et de toute la brillance de ses canines apparentes. La précision est importante. Son regard boit un lac profond, un abysse auquel l'humain ne peut échapper. Cette hypnose n'est pas surnaturelle, c'est la nature même, adossée à son grand secret. À chaque impact de l'œil, le risque pris est réel car nous ne sommes pas prêt à recevoir l'afflux de données intimes à ce niveau de définition qui franchit sans obstacle la distance entre ce monument d'argent et nos cellules. La surprise d'apprendre ce qu'est l'animal est telle que l'on se sent adoubé d'un sacre ou d'une chevalerie d'un autre temps. On sent comme un casque pousser sur notre crâne, une couronne dont il faut faire le don immédiat au suzerain à dos argenté en signe d'allégeance définitive. Cette présence fait le tri de ses vassaux et construit sa cour pour la réception attentive de son message.

Politique

4,2 Mrd € d’économies sur les aides sociales des familles

La famille s'apprête à quitter la scène. Le rôle qui lui est distribué traditionnellement ne colle plus. Le public ne se déplace plus pour voir les ganaches et les ingénues. Leur autorité a disparu du théâtre. Tout semblait impeccablement statique mais les liens ont été rongés par les intempéries de la civilisation qui produit sans cesse des lois acides. Force est de constater, qu'au sein de la famille, les rangs ne se sont pas resserrés. Il ne semble pas qu'il y ait eu ne serait-ce qu'un mouvement de repli stratégique. Non, le champ de bataille a été vidé sans combat. L'administration s'en est aperçue et s'est installée dans le désert laissé grand ouvert. Elle ne sent plus contrainte à se saigner aux quatre veines des mécanismes fiscaux et des prestations sociales. Une volée d'"Inspections Générales" peuvent s'en donner à cœur joie pour lever tous les lièvres possibles et récolter de belles économies. On fait parler les chiffres et tout s'emboite parfaitement sans la pièce jadis centrale de la famille. Plus besoin de fabriquer des équivalences abstraites pour donner le change. Aujourd'hui, la famille a la flemme d'aller chercher ses mômes à l'appel du service d'informations de la gare ou du grand magasin. Le détachement est immédiat, l'étrangeté se consomme immédiatement. De retour à ce que l'on continue d'appeler le foyer, on ne se donne pas la peine de recompter l'effectif familial. Ça changerait quoi ? Puisque la famille n'est plus indispensable pour quoi que ce soit, y compris pour la maintenance de la natalité, il est bien plus raisonnable et sérieux de gérer la destinée sans cette gangue abstraite et surdimensionnée, à géométrie variable : le père, la mère, le fils, la fille et les oncles et les cousins et tous les ancêtres plus ou moins recommandables.