« Certains se font de la poésie une idée si vague qu'ils prennent ce vague pour l'idée même de la poésie » , Paul Valéry

Dans ce cas précis, l'oncle s'appelle Donald et le fils du roi du Danemark, son neveu, vient de rater une énième occasion de réaliser un plan vengeur digne de ce nom. Trop tard. La banquise fond à grande vitesse sous le poids des ours dont les sauts d'humeur ne sont plus ce qu'ils étaient, paraît-il. Une tragique Omelette crépite dans la poêle orange du cuisinier en chef et l'on se demande bien ce que le Danemark vient faire dans cette galère à glaçons ? D'ailleurs, pourquoi le Danemark ? Pourquoi pas le Burkina Faso ou le Tonkin ? La déesse politicienne "légitimité" est restée en retrait, à l'état de fantôme, de spectre informel au fond du théâtre, dans les combles. Les textes écrits qu'elle bégaie habituellement sous la dictée des siècles ont fondu, eux aussi en une molle banquise, sur laquelle l'or ne peut plus s'accumuler à la seule force des bras du corps improbable et coloré des Nibelungen, papillons prisonniers de leurs tunnels glacés. À qui appartient le froid ? Cronos n'a pas pris le temps, par sa faux, de découper proprement les saisons en copyright. Alors quelle loi décidera qui sera le dernier des voleurs ? Qui fera disparaître dans sa poche ce trésor continental ? En tant que témoins, en tant que membres de la famille des Trumains, nous verrons sans doute le pire des assassins épouser nos mères et nous tergiversons à appliquer les règles classiques de la vengeance : "Être ou ne pas Être" présent dans la neige. Peureux, nous allons passer au théâtre, à la comédie, au symbolique emprunté - en souterrain - sous les remparts des châteaux qui viennent nous boucher l'horizon avec leurs créneaux de givre, en tremblant. Tout, ici, est nuances de blanc. Aucune forêt profonde pour venir nous réchauffer auprès de Shakespeare sous le feu de son élucubration danoise.
La liberté, c'est un souci. Vois la Camargue si sauvage prisonnière des menottes du Rhône, sans autre jugement que celui des eaux. Alors quand un trou se creuse en 30 ans et qu'aujourd'hui la vieillesse est là pour imposer son ralenti, son aveuglement ébloui au passé, on ne bouge presque plus. Il faut s'obliger à compter ses voyages pour s'endormir le soir dans cette caravane qui n'a pas fait aboyer qui que ce soit depuis longtemps. Cette caravane est piégée, telle une péniche Port Saint Pierre. Il est devenu bien difficile de sentir le balancement des flots, le mouvement saccadé du vent sur les parois de la carlingue. Comment expulser la liberté déjà vaincue d'elle-même ? C'est un roseau qui plie à l'infini, qui ne cède ni aux bucherons du Jura, ni aux huissiers des commerçants d'Arles ou d'ailleurs. Impossible de faire ce sale boulot par du papier tamponné de signatures. Ici, on ne sait pas écrire. Volontairement. Cela a été décidé par les familles qui se sont entrecroisées entre elles aux passages de toutes les tribus d'ici, du temps de la sensibilité reine des ânes et des chevaux. Parce que l'on oublie trop facilement que le terre conchie les proprios et leurs cousins, installateurs de palissades à leur nom d'emprunt. Ceux-là, voluptueusement, sucent leur notaire à chaque perspective d'enterrement. Tout notaire est, pour ces familles, l'oncle pervers auquel on a honte de confier la garde de l'avenir des siens. Leur métier consiste à cacher le refus de la Terre à se soumettre à l'hérésie des actes. La Terre préfère le stationnement des voyageurs qui, certes, salissent tout, qui arrachent tout comme les autres mais qui finissent par se barrer un jour, une fois pour toutes. Eux n'empilent pas des étages de parkings payants sans que personne n'ose les en empêcher. Eux, les voyageurs, quelques coups de pieds au cul et bon vent !

