« Certains se font de la poésie une idée si vague qu'ils prennent ce vague pour l'idée même de la poésie » , Paul Valéry

Incarnation, réincarnation. La chair qui prend la place d'un monde étranger. Ce doit être nouveau, nouvelle craie qui doit grincer au tableau des meetings. Il s'agit de remplacer le remplacement. Alors Mélenchon hameçonne à tout va. C'est sa mission de champion, son emploi à la Comédie à la Française. Il est le hallebardier qui tient de 'ses purs ongles très haut' le drapeau dans les processions gauches. Les egos s'accrochent à ses tétons si chauds, si âpres aux dogmes qui, un soir, soulageront les pieds de tous ceux qui marchent debout. Les gens heureux voudraient tant faire partie de la 'France telle qu'elle est aujourd'hui" ! J'en ai parlé à Bompard qui a dit : "c'est NON". Bon. J'étais volontaire aveugle et vaniteux, c'est-à-dire militant. Tant pis pour eux : je vais devoir me frotter au réel sans l’ectasie du chef, seul à mains nus. Cette nouvelle France est intraitable, inflexible comme le Bien laid vis-à-vis du Mal. Cette armée accepte tout le monde pourvu que tu souffres. Si tu ne te bats pas, reste chez toi, on se battra en ton nom. C'est à cet instant précis que j'ose demander : "et les juifs ?" Là, c'est Hassan qui me dit : "c'est NON". Voilà, la messe est dite. Les sélections sont faites. Les listes de titulaires sont en place, on ne les raturera plus et il n'y aura pas de remplaçants. On a dit dès le début : aucun remplacement. Le comité de Salut Public suinte le Vrai comme instant du Faux, il aiguise ses sourires au couteau et se soumet à la déesse Raison qui, en retour, l'oint de sa semence zététique. Mélenchon va perdre. En rase campagne, comme un con, loin des quartiers, coincé sous sa loge, sous son âne Buridan. Un hélicoptère atlantique viendra le sauver pour une remise en état avant sa dernière prise d'exposition dans la vitrine du Capital.

La voie appelle de son nom : Francilienne. Elle se parcours tous les minuits par des lumières doubles à grande vitesse. On se frôle, on se touche, on s'assassine par la tôle froissée, injuriée, maladroite au volant. Au début, c'est un simple accroc au cheminement. Un arrêt pour constater le réel qui surgit dans cette nuit comme partout, comme vengeur d'une cause inconnue. Personne ne se méfie, concentré sur l'absence de constat dans la boite à gants, l'absence de stylo Bic, l'absence de téléphone. Les pas faits de côté, à côté du carambolage, ensommeillés de toutes ces absences, éloignent les corps valides. Ce petit monde constitué par le hasard d'un choc pourtant léger, presque insignifiant devient obstacle monstrueux, iceberg aventurier qui traverse. Et c'est l'incompréhension des élans normaux de la voie qui n'ont pas l'imagination nécessaire pour croire à la réalité de ce petit monde froissé de métaux. Parmi eux, un véhicule sombre, désigné au hasard bourreau, lancé dans sa logique, tiré par les explosions de son carburant et de ses culbutes vient frapper les fantômes à pied titubants. Quelques formes ont été prises dans la toile du drame : parmi elles, une femme et ses 25 ans et ses jambes de verre brisé, son cœur qui hésite encore et qui repart encore dans l'ambulance céleste.



Les poisons participent à tout. Dans l'eau de nos tubes, dans les tissus sur nos peaux, dans les boites qui séparent les trucs d'autres trucs dans les cuisines. Ils ne se cachent même pas. Ils s'assombrissent un peu sous des labels chinois du genre : polyfluoroalkylées, polytétrafluoroéthylène. La chimie est magique, elle résiste à tout, ne se dégrade jamais. Pas question qu'elle s'efface sous nos caresses. Elle veut rester en substances indélébiles sur nos débiles, nos cancers, nos couilles, nos guerres mondiales. C'est l'éternité de la déchetterie Les poisons nous ont apprivoisés. Ils nous considèrent comme des crevasses à remplir. C'est devenu leur mission principale. Le temps des serpents est révolu, on ne se mord plus, on ne crache plus à distance. Non, on coule avec le ruisseau, on enduit le poil. J'ai oublié leur blaze et je ne connais pas leur visage. Je ne sens pas leurs dents me mordre l'estomac, je ne sens pas leurs excréments qu'ils déposent au beau milieu des pièces de nos palais.